Une maison de Camphin-en-Carembault porte encore aujourd’hui sur sa façade une plaque commémorative rendant hommage à Paul-Henri Grauwin. Médecin, médecin militaire et résistant, il s’illustra tout au long de sa vie par son engagement au service des autres, en France et en Asie.
Des racines camphinoises à l’engagement dans la Résistance
Paul-Henri Grauwin naît le 29 juin 1914 dans une famille d’agriculteurs de Camphin-en-Carembault. Après ses études à la faculté de médecine de Lille, il obtient son diplôme de chirurgien et commence sa carrière à l’hôpital de Seclin.
Dès 1940, il connaît la captivité à Épinal mais s’engage rapidement dans la Résistance. En 1942, il rejoint le réseau Sylvestre-Farmer WO.
Ce réseau fait partie des organisations clandestines de Résistance actives dans le Nord de la France durant l’Occupation. Fondé à l’initiative du capitaine Michael Trotobas et rattaché au Special Operation Executive (SOE) britanique et au War Office (WO), ayant pour mission de soutenir les réseaux et mouvements de Résistance français. Le réseau Sylvestre-Farmer s’implante de novembre 1942 à septembre 1944 dans le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme. Il est spécialisé dans les sabotages et dans la prise de renseignement sur les rampes V1. En 1943, la résistance est fortement touchée par la répression allemande dans la région et Michael Trotobas est tué lors d’une opération à Lille en novembre 1943.
Le docteur Grauwin crée la première antenne chirurgicale à Templeuve, où il organise les soins d’urgence pour les blessés des Forces Françaises de l’Intérieur et des Alliés lors des combats de libération.
Médecin en Indochine et témoignage d’une guerre
La fin de la Seconde Guerre mondiale marque pour lui une nouvelle étape, cette fois sur un autre continent., Paul-Henri Grauwin poursuit sa carrière militaire et part pour l’Indochine. Médecin-commandant à Điện Biên Phủ, son antenne médicale opère nuit et jour plus de 4 000 blessés pendant les 57 jours du siège dans des conditions extrêmes. Il soigne Français et Vietnamiens sans distinction et veille à l’évacuation des camarades lorsque cela est encore possible. Il est surnommé par les soldats « le toubib » connu pour être toujours torse nu avec une cigarette à la bouche. Il a raconté cette expérience dans un ouvrage qui contribue à sa notoriété « J’étais médecin à Diên Biên Phu » paru en 1992.
À l’époque, le terme « Indochine » désigne un ensemble de territoires d’Asie du Sud-Est (Vietnam, Laos, Cambodge) placés sous domination coloniale française de la fin du XIXᵉ siècle jusqu’en 1954.
La guerre d’Indochine (1946-1954) oppose la France, qui cherche après 1945 à rétablir son autorité coloniale dans un cadre réformé, à des mouvements nationalistes vietnamiens, principalement le Việt Minh, qui revendiquent l’indépendance. L’échec des négociations en 1946 entraîne un conflit armé caractéristique des guerres de décolonisation. À partir de 1950, la guerre s’internationalise dans le contexte de la guerre froide. La défaite française à Điện Biên Phủ, le 7 mai 1954 conduit aux accords de Genève (1954), qui reconnaissent l’indépendance du Vietnam, du Laos et du Cambodge.
Libéré après les accords de Genève, il devient médecin-chef au Cap Saint-Jacques (à 125 km de Saïgon) avant de redevenir médecin civil en 1956.
Retour à la vie civile et engagement pour l’Asie
Les accords de Genève marquent la fin de son engagement militaire, mais non de son attachement à l’Asie. En 1960, Paul Grauwin s’installe à Phnom Penh (Cambodge) en tant qu’associé de Maurice Bessière dans une clinique privée. Il est le dernier Français à quitter la ville le 18 avril 1975, au moment de l’arrivée des Khmers rouges. De retour en France, Il est recruté comme Médecin-sur-Expert au Centre des Réformes de Paris. Lors de ces congés, il continue à partir en Asie où Il parcourt les camps de réfugiés en Thaïlande, franchit la frontière cambodgienne pour procurer des soins et apporte du matériel médical.
Il adopte deux enfants à cette époque et continue de consacrer du temps à ses amis d'Asie. Il conseille et aide les enfants dans la poursuite de leurs études secondaires et supérieures.
Paul-Henri Grauwin meurt le 30 décembre 1989, laissant un héritage d’engagement humanitaire et médical. Aujourd’hui une rue du 12e arrondissement de Paris porte son nom.