Vous avez déjà fait vos courses au Lidl d'Ostricourt ? Alors vous avez marché, sans le savoir, sur l'entrée d'une mine.

Sous le bitume du parking et sous les chemins du bois du Court Digeau, se cachent des puits et des galeries où des milliers de mineurs ont fait tourner les usines d'une France en pleine révolution industrielle.

Il faut l'œil averti ou de la curiosité pour les remarquer. Sur le parking du supermarché Lidl à Ostricourt et dans le bois du Court Digeau, des plaques très discrètes signalent l'emplacement des anciennes entrées et puits d’aération des fosses n°6 et n°7 de la Compagnie des Mines d'Ostricourt. Pas de chevalement en acier pointant vers le ciel, pas de musée retraçant son histoire, juste un rectangle de métal et quelques lignes gravées.

Et pourtant, il y a moins d'un siècle, le charbon remontait des entrailles de la terre. La fosse n°6, dite Charles Tilloy, démarre son exploitation le 2 janvier 1910. Son puits atteint 402 mètres de profondeur. Le chevalement est abattu en 1966, et une dalle définitive est coulée en 1972.

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Une petite compagnie… dans une grande histoire

Le charbon est découvert dans la région dès 1660 à Hardinghem, mais c’est surtout à partir de 1757 avec la Compagnie d’Anzin que son exploitation transforme durablement la région et alimente l’essor de la Révolution Industrielle.

Dans ce contexte d'appétit industriel, dans les années 1850, l'ingénieur Émile Vuillemin pose son regard sur les terres entre Ostricourt et Râches. Il multiplie les sondages, et le 6 juillet 1855, une veine de houille est confirmée. Une société de recherches est fondée, qui devient officiellement la Compagnie des Mines d'Ostricourt, le 19 décembre 1860. En superficie, c'est la plus petite compagnie du bassin minier du Nord–Pas-de-Calais, bien loin des géants de Lens, Courrières ou Anzin.

En tout, de 1856 à 1923, 7 fosses voient le jour sur le territoire de la compagnie :
-la fosse n°1 Auguste Dupire (Oignies),
-la fosse n°2 Henri Charvet (Oignies),
-la fosse n°3 (Libercourt),
-la fosse n°4 Maurice Tilloy (Carvin),
-la fosse n°5 Henri Buchet (Libercourt),
-la fosse n°6 Charles Tilloy (Ostricourt),
-la fosse n°7/7bis Alphonse Lecocq (Ostricourt).

Seules les deux dernières se trouvaient sur le territoire de la commune d'Ostricourt et ce sont leurs traces que l'on retrouve encore sous nos pas.

En 1938, après une renaissance difficile à l'issue de la Première Guerre mondiale, la compagnie produit plus d'1,27 million de tonnes de charbon par an et emploie plus de 5 000 mineurs. En 1946, elle est nationalisée et intégrée au Groupe d'Oignies, dans le cadre de la création des Charbonnages de France.

Mais comment fonctionnait une fosse ?

Un carreau de mine, c'est une organisation en deux mondes :

  • le « jour » :  la surface, avec ses bâtiments (chevalement, machines, tri du charbon)
  • le « fond » : un réseau de galeries creusées à des centaines de mètres sous terre.

Entre les deux, des cages montaient et descendaient en continu, emportant les hommes vers les profondeurs et remontant les berlines chargées de charbon.

« La mine, c’était une famille »

L'histoire de la mine, c'est avant tout une histoire d'hommes et de femmes venus d'horizons très divers. La Compagnie des Mines d'Ostricourt a recruté d'abord une main-d'œuvre polonaise, puis marocaine, en leur offrant un véritable statut social : salaire, retraite, congés payés, gratuité du chauffage, du transport, du logement et un régime particulier de sécurité sociale. Les cités minières se déployaient autour des fosses avec leurs maisons entourées de jardinets, leurs écoles, leur salle des fêtes, leur dispensaire.

Le visage d'Ostricourt en garde encore les traces aujourd'hui : les cités, les corons, l'église Saint-Jacques, construite pour la communauté polonaise à partir de 1936 et les deux mosquées.

Du noir au vert : quand le terril reprend vie

Quand les dernières remontées de charbon de la fosse n°7 s'effectuèrent en 1961, et que ses installations furent démolies en 1970, une montagne de schiste demeurait dans le paysage : le Terril Saint-Éloi (n°108).

Un terril : c'est la montagne artificielle formée par l'accumulation des résidus non utilisables remontés de la mine :  les stériles. Celui d'Ostricourt a commencé à s'édifier en 1923, et s'est achevée à la fin des années 1960. C'est ce caractère relativement récent qui explique qu'on ne l'escalade pas.

Contrairement à certains terrils de la région aménagés, celui-ci reste fermé à l'ascension, car une véritable biodiversité s’y est développée. Les bouleaux ont été les premiers à coloniser les pentes, créant un humus fertile pour d'autres espèces. Aujourd'hui, on peut y observer le criquet à ailes bleues, une espèce repérée presque exclusivement sur les terrils, le crapaud calamite ou encore le pavot cornu, reconnaissable à sa fleur jaune.

Le terril est désormais intégré à un Espace Naturel Sensible géré et protégé par le Département du Nord.
Et bonne nouvelle, un chemin aménagé, praticable toute l'année, permet d'en faire tranquillement le tour  les pieds sur terre, la tête dans l'histoire. Alors, chaussez vos baskets vers le circuit de randonnée d'Ostricourt (6,5 km) quitraverse le bois du Court Digeau et longe le Terril Saint-Éloi. Le parcours est visible sur notre site.

Découvrez ci-dessous le film de Pévèle Carembault Tourisme "Des Usines et des Hommes" (2022), présenté aux Journées Européennes du Patrimoine.

Sources

-Site de Pévèle Carembault Tourisme
 -Des Usines et des Hommes, film documentaire, 2022
-Guy Dubois, Jean-Marie Minot, Histoire des mines du Nord et du Pas-de-Calais (de 1946 à 1992), 1992
- Centre Historique Minier de Lewarde, Petite histoire des mines du Nord-Pas-de-Calais, 2003
-Wikipédia, articles : Compagnie des mines d'Ostricourt, Fosse n°6 Charles Tilloy, Fosse n°7-7bis Alphonse Lecocq
-Destination Terrils, fiche terril n°108 : www.destinationterrils.eu
-Site officiel Hauts-de-France Tourisme, fiche Terril Saint-Éloi
-INPN, ZNIEFF 310007244, Terril n°108 et marais périphériques
-Ville d'Ostricourt, patrimoine naturel : www.ville-ostricourt.fr

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