Je tourne au grès du vent tout autant que mes ailes, 
Je suis l'apanage des meuniers,
Je suis un symbole de la campagne de Pévèle Carembault,

Je suis le Moulin de Vertain

Je ne bouge pas. Et pourtant, tout passe devant moi.

Depuis la plaine de Vertain, je regarde Templeuve-en-Pévèle se transformer. Les chemins changent, les usages évoluent, les saisons se succèdent. Parfois, le calme domine. Parfois, le sol vibre sous les roues des coureurs, les regards du monde entier se tournent vers moi, et les caméras me captent au passage de Paris-Roubaix. Je suis là, immobile, tandis que le temps continue sa course.

Repère du paysage templeuvois, je suis devenu au fil des siècles l’un des symboles les plus reconnaissables de la commune. Point de départ de randonnées, je marque aussi l’entrée d’un secteur pavé de 550 mètres, intégré au parcours de Paris-Roubaix depuis 2002, à l’occasion de la 100 édition de la course.

Mon histoire est pourtant bien plus ancienne. Un moulin à vent est déjà mentionné ici en 1328, dans les rentes de l’abbaye d’Anchin, sous le nom de Molin de Viertain. Ma tour date probablement du XVII siècle. En 1616, je suis incendié par fait de guerre. Reconstruit, je poursuis ma fonction essentielle : moudre le grain destiné à la farine, au cœur de la vie rurale de la Pévèle.

Les archives révèlent mes évolutions successives. En 1669, je ne possède qu’une seule paire de meules ; en 1777, j’en compte deux, configuration que j’ai conservée jusqu’à aujourd’hui. Moulin seigneurial, dit « banal », je fais alors partie de ces édifices coûteux, soumis à autorisation du souverain, et qui structure l’économie locale.

Moulin de Vertain en 1936, photo de la famille Lamblin-Rousseau

Sans mes ailes, je n’étais qu’une tour. Avec elles, je redeviens moulin

Mon activité cesse en 1908, avec mon dernier meunier, Jean-Baptiste Houzé. Sa veuve moud encore les derniers sacs de grain, puis le silence s’installe. Blanchi à la chaux, on m’appelle alors le Moulin Blanc, même si je reste plus connu sous le nom de Molin d’briques. Les guerres du XX siècle me fragilisent : la toiture se dégrade, le bois est prélevé pour se chauffer, et je tombe peu à peu en ruine.

En 1964, un regard change pourtant mon destin. Jean Bruggeman découvre le moulin abandonné et alerte sur son état. En juillet 1973, la commune de Templeuve-en-Pévèle en fait l’acquisition. Classé site inscrit en août 1978, un vaste programme de restauration est alors engagé, avec le concours de nombreuses institutions publiques et d’acteurs spécialisés.

De 1979 à 1985, je renais pièce après pièce : la tour est consolidée, mon pivot est refaçonné dans un chêne de la forêt de Mormal tombé lors d’une tempête, ma charpente est reconstruite. Ma toiture est d’abord assemblée à blanc au sol, puis hissée au sommet de la tour, avant que rouets et ailes ne me soient rendus. Le 13 juin 1985, je tourne à nouveau, après près de 80 ans d’immobilité. L’inauguration officielle a lieu le 15 juin 1985.
 

Crédits photo : Moulin de Vertain en 1936, photo de la famille Lamblin-Rousseau

Je ne tourne pas seulement des ailes… je tourne tout entier.

Si je continue d’intriguer, c’est aussi par mon fonctionnement. Je suis un moulin à tour pivot, aujourd’hui unique en France. Ma tour est fixe avec ses murs épais de plus d’1m et ses 10 m20 de hauteur. Pourtant, en mon cœur, tout est mouvement.

Un pivot central, reposant sur une pierre monumentale, permet à l’ensemble de ma toiture, de mon mécanisme et de mes ailes (environ de 40 tonnes) de tourner autour de cet axe. Mes ailes, déployées sur 24 m d’envergure, peuvent ainsi être orientées face au vent.

Cette orientation s’effectue depuis l’extérieur, à la force des bras, en poussant sur le braquet ou queue du moulin. Une fois placé au vent, l’énergie éolienne entraîne alors la mécanique et actionne les meules.

Ce principe n’est pas improvisé : un document daté de 1571 décrit déjà un dispositif comparable, précisant qu’ « un seul homme, voire un adolescent », pouvait suffire à orienter le moulin. Sur la plaine de Vertain, cette ingéniosité permettait effectivement à une seule personne de me mettre en marche, là où d’autres moulins exigeaient plusieurs hommes ou une force animale.

Mon pivot d’origine, aujourd’hui conservé au musée des moulins de Villeneuve-d’Ascq, a fait l’objet d’une étude en 2022. L’analyse de ses cernes de bois révèle que le chêne dont il est issu a été abattu après 1558. Preuve que mon mécanisme, au-delà de sa singularité, plonge ses racines dans plusieurs siècles d’ingéniosité meunière.

Plan du moulin par J. Bruggeman

Je ne tourne plus seul, je transmets

Depuis juillet 1986, je ne tourne plus seul : je transmets. Grâce aux Amis du Moulin de Vertain et leurs 11 bénévoles actifs (et toujours à la recherche de nouvelles mains pour m’aider), je continue de raconter mon histoire, d’expliquer mes mécanismes, de faire vivre le savoir des siècles passés. Restaurer un moulin, ce n’est pas seulement réparer : c’est partager, enseigner, relier le présent au passé.

Aujourd’hui, je suis un lieu de découverte ouvert aux visiteurs. Chaque regard, chaque pas dans mes entrailles me rappelle que je continue à vivre grâce à ceux qui m’écoutent et me comprennent.

 

Crédits photo : Plan du moulin par J. Bruggeman

Mes portes s’ouvrent pour la saison 2026 :

  • 1er, 17 et 31 mai
  • 14 et 28 juin
  • 12 et 26 juillet
  • 9 et 23 août
  • 6 septembre
  • 19 et 20 septembre (Journées Européennes du Patrimoine)

Horaires : de 15 à 18 heures

Tarifs : adultes 2 € / enfants à partir de 1 €

Conditions :  jauge de 15 personnes - durée 30 minutes

Groupes : en semaine sur réservation à : amismoulinvertain@gmail.com

 

Sources

-Association des amis du Moulin de Vertain
-Revue Pays de Pévèle, numéro spécial Moulins n°97, juin 202

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