En longeant la route entre Avelin et Pont-à-Marcq, le regard se pose sur des rangées d’arbustes qui s’étendent le long des champs. Derrière ce paysage discret se cache une culture inattendue sous nos latitudes : le cassis. 
 

Ces terres appartiennent au château d’Avelin, l’un des derniers témoins des belles demeures et châteaux qui façonnaient autrefois le paysage de la Pévèle. Propriété du baron Patrick de Ladoucette, le domaine s’ouvre aujourd’hui aux visiteurs grâce à des activités évènementielles et à l’art de la dégustation des vins. 

Le château d’Avelin aujourd’hui : un domaine entre terre et vin

Autour du château, les rangées de cassissiers dessinent le paysage. Près de 27 hectares, répartis entre Avelin et Pont-à-Marcq, sont consacrés à cette culture. Chaque année, la récolte estivale, au mois de juillet, est menée par une équipe venue du Château Nozet dans la Nièvre. 

Cultivé en agriculture biologique, le cassis pousse sur des terres situées juste au-dessus d’une zone de captage d’eau qui alimente l’usine Cristaline de Mérignies. Si vous poussez la porte du château et de sa boutique, vous découvrirez une crème de cassis au goût particulièrement intense. Lors des visites du domaine, il est expliqué que cette intensité s’explique par une utilisation plus généreuse en fruits que dans les recettes habituelles, privilégiant l’expression aromatique du cassis et la qualité du produit final.  

Toutefois, le vin constitue l’essence même des activités du domaine. Le château est la propriété du baron Patrick de Ladoucette, figure reconnue du monde viticole, héritier d’une longue tradition familiale débutée en 1787. 

Au château, vous pouvez découvrir les vins issus des différents domaines de la famille de Ladoucette (une douzaine de domaines viticoles), vous initier à l’art de la dégustation et mieux comprendre le travail de la vigne et du vin. 

Lieu vivant et ouvert, le château accueille également des expositions, des événements privés et professionnels dans un écrin élégant. Ses salons, ses caves voutées et son parc verdoyant et son orangerie peuvent accueillir plusieurs centaines de participants 

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Histoire du château d’Avelin : un patrimoine façonné par les siècles

Le site d’Avelin a une histoire qui remonte au Moyen Âge. Dès le XIe siècle, un Girard d’Avelin est cité parmi les membres de la Cour de Guillaume le Conquérant et de son épouse, Mathilde de Flandre, fille de Baudouin V, comte de Flandre. Le premier château se trouve près de l’église, sur des mottes féodales aujourd’hui disparues, alors que la seigneurie est tenue par la famille d’Avelin aux XIIe et XIIIe siècles. Au fil du temps, la propriété passe entre les mains des familles de Barbançon, de Courteville puis des Sainte-Aldegonde. 

Au XVIIe siècle, le château, entouré de douves, apparaît dans les documents officiels sur son emplacement actuel. En 1661, la propriété est acquise par les Hangouart, érigée en baronnie d’Avelin en 1664. C’est sous leur direction que le château est reconstruit dans un style baroque flamand. 

En 1775, François Hangouart, seigneur d’Avelin, confie à l’architecte lillois Michel Lequeux le projet de modernisation du château. A la Révolution française, François Hangouart doit s’exiler, et le château est partiellement détruit, pillé, laissant la demeure dans un état de ruine. À son retour en 1808, François rachète ses biens mais meurt en 1825, sans pouvoir achever la reconstruction. C’est sa petite nièce, Caroline Petitpas de Walle, qui entreprend la réédification du château à partir de 1835, cette fois sur les plans de l’architecte Charles Benvignat, marquant ainsi le début de l’édifice tel qu’on le connaît aujourd’hui. 

En 1844, Alexandre Antonin baron des Rotours, originaire de Normandie, achète le château. Il devient maire d’Avelin en 1846, élu député du Nord puis conseiller général. Ses descendants poursuivent cet engagement dans la vie publique locale et nationale, et la famille des Rotours reste liée au château jusqu’en 1970. En 1986, le baron Jacques de Rotours lègue le domaine à l’Institut Pasteur de Lille pour y créer un centre de recherches, mais le projet n’aboutit pas. La propriété revient alors à la famille en 2004, grâce au Baron Patrick de Ladoucette, petit-fils du baron des Rotours, qui entreprend la restauration complète du domaine avec ses équipes composées de Compagnons du Devoir.

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L’architecture du château d’Avelin : l’empreinte de Benvignat

Le château d’Avelin a été marqué par le travail de deux architectes lillois : Michel Lequeux au XVIIIe siècle et Charles César Benvignat, qui reconstruit l’édifice dans un style néoclassique. 

Le néoclassicisme s’inspire des formes et des principes de l’architecture antique grecque et romaine, et de l’œuvre de Palladio, célèbre architecte italien du XVIe siècle. Les bâtiments de ce style privilégient la symétrie et l’harmonie, ainsi que des éléments décoratifs empruntés à l’Antiquité.  
Au château d’Avelin, plusieurs détails illustrent ce style : 

- Régularité des fenêtres et ouvertures, qui rythment les façades. 
- Pilastres dorique : colonnes plates fixées contre le mur sur deux niveaux qui structurent la façade et lui donnent un aspect majestueux. 
- Petits frontons : triangles décoratifs au-dessus des fenêtres. 
- Petits entablements : bandes horizontales composées d’architrave, frise et corniche, décorant certains dessus de fenêtres. 
- Frise de métopes et triglyphes : alternance de blocs sculptés (métopes) et rainurés (triglyphes), séparant le premier étage du deuxième en attique. 
- Avant-corps latéraux : parties légèrement saillantes de la façade qui apportent du relief 
- Douves en eau et caves voûtées en brique
- Le fronton de la façade porte les armoiries de la famille Petitpas de Walle
- Grille d’entrée historique : encore visible dans le bourg, séparée du château par la rocade, probablement de l’époque de Michel Lequeux, rappelant l’ancien accès à la propriété. 

D’ailleurs, le château d’Avelin permet d’imaginer une autre œuvre de Benvignat, l’ancien Hôtel de Ville de Lille, place Rihour, détruit par un incendie en 1916. On y retrouve le même rythme régulier des ouvertures, l’usage des frontons et entablements et l’élégance sobre des façades. 

Charles César Benvignat (1805-1877) a été un acteur majeur de l’architecture du XIXe siècle à Lille. Architecte de la ville, professeur aux écoles académiques et conservateur du musée Wicar. Parmi ses œuvres : la colonne de la déesse, la halle aux sucres et au blé, le décor de la célèbre pâtisserie Meert et plusieurs églises témoignent de son talent. 

Le château d’Avelin, reflet du néoclassicisme et de l’art de Charles César Benvignat, architecte, peintre et archéologue, vous ouvre ses portes. Vous pourrez explorer son histoire, son univers et profiter de sa boutique, vitrine des vins de la famille de Ladoucette, qui ornent les tables des grands restaurants. Une visite qui mêle patrimoine, art de vivre et savoir-faire viticole. 

Sources 

- Site internet du Château d’Avelin 
Les châteaux de la Pévèle française et belge, tome 1- avant 1789, Société Historique du Pays de Pévèle, 2009 
- Article Voix du Nord sur la récolte du cassis 
- La Société historique du Pays de Pévèle 

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