À Orchies, le beffroi se dresse aux côtés de l’hôtel de ville et marque le paysage de sa silhouette singulière. Mais saviez-vous que celui que l’on admire aujourd’hui n’est pas le premier à avoir veillé sur la cité ? Pour comprendre son histoire, remontons aux origines de ce monument emblématique, intimement lié au pouvoir communal dans les villes du Nord.
Une vigie de pierre au service de la ville
Tour civile généralement implantée au cœur de la ville ou intégrée à l’hôtel de ville, le beffroi remplit plusieurs fonctions. La plus connue est celle de la cloche, appelée aussi bancloque, qui sonne l’alerte, rassemble les habitants et rythme la vie collective.
L’origine du mot remonterait à l’allemand « bergfrid », qui signifie « paix gardée ». À l’origine, le beffroi désigne une machine de guerre mobile en bois, utilisée contre les murailles. Les charpentiers qui fabriquaient ces machines ont ensuite mis leur savoir-faire au service de la construction de tours capables d’absorber les vibrations des cloches.
Depuis son sommet, les guetteurs surveillent les alentours afin de repérer un départ de feu ou l’approche d’un danger. Selon les villes, le beffroi peut également accueillir :
- Un cadran solaire ou une horloge pour mesurer le temps.
- Une girouette, utile pour observer le vent, mais aussi symbole de prestige.
- Une bretèche publique, sorte de balcon depuis lequel sont proclamées les décisions.
À sa base, il peut aussi abriter un cachot ou des fourches patibulaires, témoignant de l’exercice du pouvoir judiciaire par la cité.
Le beffroi se distingue ainsi du clocher, associé à l’église et à la vie religieuse. La frontière entre les deux n’est toutefois pas toujours aussi nette : selon les villes, le beffroi peut être indépendant, rattaché à une halle ou à l’hôtel de ville. Certaines tours d’église remplissent également des fonctions civiles.
Une tradition du Nord, symbole des libertés communales
Les beffrois occupent une place particulière dans le nord de la France. Au Moyen Âge, les villes marchandes se développent grâce aux échanges commerciaux, aux ateliers, aux marchés et aux foires. Avec leur prospérité grandissante, elles cherchent à obtenir davantage de libertés auprès des seigneurs : administrer la cité, rendre la justice, organiser le commerce ou encore assurer la protection de la ville.
Ces droits sont souvent consignés dans des chartes, des documents écrits précieusement conservés. Le beffroi devient alors le symbole visible du pouvoir communal, aux côtés des pouvoirs seigneurial et religieux.
Cette histoire explique la forte valeur symbolique de ces monuments, régulièrement détruits puis reconstruits au fil des conflits. Leur réédification témoigne de l’attachement des habitants à leur patrimoine et aux libertés qu’il représente.
En 2005, 23 beffrois situés en France ont été inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Celui d’Orchies ne figure pas parmi eux. Il demeure néanmoins le seul beffroi de Pévèle Carembault.
À Orchies, un symbole des libertés de la cité
L’histoire du beffroi d’Orchies est étroitement liée à celle des libertés accordées à la ville.
En 1188, Philippe d’Alsace, comte de Flandre, accorde aux habitants une première charte de libertés et franchises. Celle-ci leur donne notamment le droit d’établir des fours, une brasserie et un moulin. Ces droits sont confirmés en 1255 par Marguerite de Flandre.
Après la bataille de Mons-en-Pévèle, en 1304, Orchies passe sous l’autorité de Philippe le Bel, roi de France. En 1309, celui-ci confirme les chartes de la ville et autorise les habitants à choisir leurs propres magistrats ainsi qu’à construire un beffroi.
Des documents conservés aux archives départementales de Lille évoquent également le déplacement du beffroi communal et l’installation d’une horloge au XIVᵉ siècle.
Le beffroi que l’on voit aujourd’hui n’est pas le premier
En 1610, un nouveau beffroi est construit sur la Grand-Place. Il se situe alors au centre de la façade de l’hôtel de ville.
Le beffroi actuel appartient à une période de reconstruction plus récente. Sa position, désormais décalée sur le côté, modifie l’équilibre de l’ensemble architectural avec l’hôtel de ville.
Pour autant, l’édifice de 1610 n’a pas totalement disparu. Une pierre portant cette date est encore visible à la base du beffroi actuel. Les photographies anciennes montrent également que cette partie a été conservée. La reconstruction s’est donc appuyée sur une portion de l’ancien édifice.
Autre particularité : le beffroi a conservé sa forme octogonale. Une niche accueillait autrefois une statue de Notre-Dame de Septembre, liée à la ducasse d’Orchies.
Une silhouette entre tradition locale et modernité
Le 24 septembre 1914, un incendie détruit l’ancien hôtel de ville. La reconstruction de l’hôtel de ville et du beffroi est alors confiée à l’architecte Jean Goniaux.
La première pierre du nouvel ensemble est posée le 10 septembre 1926. Son inauguration a lieu le 24 juillet 1927.
L’architecture associe des références néo-flamandes à des éléments d’Art déco. Le style néo-flamand se retrouve notamment dans l’appareillage de briques rythmé par des lignes de béton, qui évoque le rouge-barre traditionnel. Les fenêtres à meneaux, les arcs en anse de panier et les pignons à pas de moineaux complètent cet ensemble architectural.
Le nouvel édifice renouvelle ainsi la silhouette de la Grand-Place tout en préservant des traces de son histoire plus ancienne.
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Sources
- Site de l’UNESCO
- Pierre Henry, Les beffrois, Nord-Pas de Calais, Picardie, Ed La voix du Nord, Coll. Les patrimoines, 2005
- Émile Draux , Orchies, des origines à nos jours, Ed. Douriez-Bataille, 1959
- José Ziemniak, Orchies, Coll Mémoire en images, Ed Alan Sutton, 2011
- Mme Berton-Bocquet, « Le beffroi d’Orchies », revue de la Fondation de Pévèle (n° 19)