Au bord de la route entre Camphin-en-Carembault et Seclin, sa façade de briques intrigue. Difficile d’imaginer qu’ici, au sud de Lille, des voix et des musiques ont été transformées en ondes pendant près d’un siècle. Construit à la fin des années 1920, l’ancien centre émetteur de Camphin-en-Carembault a accompagné l’essor de la radio avant de s’éteindre en 2015.
Au bord de la route entre Camphin-en-Carembault et Seclin, sa façade de briques intrigue. Difficile d’imaginer qu’ici, au sud de Lille, des voix et des musiques ont été transformées en ondes pendant près d’un siècle. Construit à la fin des années 1920, l’ancien centre émetteur de Camphin-en-Carembault a accompagné l’essor de la radio avant de s’éteindre en 2015.
La radio entre dans les foyers
À Lille, les premières expériences de radiodiffusion sont menées dès 1925 par le Radio-Club de Lille, à l’occasion de la foire. Encore rare dans les foyers, le poste de radio est alors relayé par des haut-parleurs installés dans la ville.
Dans les années 1920 et 1930, le réseau radiophonique français se développe. Camphin-en-Carembault devient l’un de ses maillons : les programmes sont produits dans les studios lillois, puis transmis par câble jusqu’au centre émetteur. Les équipements transforment alors le son en signal radio, amplifié avant d’être diffusé par les antennes.
Un centre construit pour les ondes
Le 28 juin 1929, la première pierre du centre émetteur est posée. Sa proximité avec Lille et son environnement dégagé en font un site adapté à l’installation des équipements et des antennes. En 1930, deux pylônes autoportants d’environ 100 mètres sont construits de part et d’autre du bâtiment.
Conçu par l’architecte lillois René François Delannoy, architecte des PTT pour la région, le bâtiment associe fonctionnalité technique et esthétique Art déco. Sa façade de briques, ses lignes géométriques et la mosaïque située au-dessus de l’entrée témoignent de cette architecture des années 1930. Cette mosaïque représente les ondes partant de Camphin, traversant le nord de la France jusqu’à l’Angleterre.
Le centre abrite les équipements d’émission, les installations électriques et les systèmes de refroidissement, mais aussi des logements pour les techniciens et leurs familles. Le personnel pouvait ainsi vivre au plus près d’une installation qui devait être surveillée en permanence. Les photographies anciennes montrent notamment la grande salle de commande, véritable cœur technique du site.
Des ondes jusque dans les maisons
La puissance de l’émetteur a laissé des souvenirs aux habitants. Certains racontent avoir parfois entendu la radio dans leur maison, jusque dans une salle de bain ou des toilettes, ou avoir constaté des perturbations sur les lignes téléphoniques. Ces anecdotes témoignent de la place prise par les ondes dans le quotidien du village.
Le centre diffuse alors en ondes moyennes, avant que la généralisation de la FM ne fasse progressivement reculer cette technologie.
De la guerre au dernier signal
Durant la Seconde Guerre mondiale, la station est saccagée par les Allemands. Dès le 3 septembre 1944, « Radio-Lille libérée » reprend l’antenne grâce à un petit émetteur que les techniciens étaient parvenus à sauver.
Au fil des décennies, le centre passe des PTT à la RDF, puis à la RTF, l’ORTF et enfin TDF. L’automatisation réduit progressivement la présence du personnel : selon des témoignages d’habitants, les employés quittent les logements dans les années 1970 et, dans les années 1980, la présence permanente d’une équipe n’est plus nécessaire.
Le dernier émetteur, qui relayait France Info, est finalement arrêté dans la nuit du 31 décembre 2015. Les grandes antennes, d’environ 200 et 75 mètres, sont démontées en 2022.
Un patrimoine en mutation
Aujourd’hui propriété privée, l’ancien centre émetteur ne se visite pas. Les anciens logements ont été réhabilités en appartements et une partie des locaux techniques a également changé d’usage, tandis que d’autres espaces conservent encore les traces de leur fonction passée.
Lors des Journées européennes du patrimoine 2026, le site a figuré parmi les étapes du Pévèle Carembault Tour, offrant l’occasion de redécouvrir cette étonnante « usine à voix », témoin de l’histoire de la radio dans le Nord.
Sources
- Interview du propriétaire, juin 2026
- Revue l’Architecture aujourd’hui, 1937
- Article de Radio- Magazine
- Site : pss-archi.eu
- Base AGORHA (des architectes)
- Trame de la randonnée commentée de Camphin-en-Carembault, Pévèle Carembault Tourisme