Connaissez-vous ce parfum caramélisé qui flotte parfois sur la Pévèle ? Pas besoin de boussole pour savoir que vous approchez d'Orchies !

Connaissez-vous ce parfum caramélisé qui flotte parfois sur la Pévèle ? Pas besoin de boussole pour savoir que vous approchez d'Orchies ! Quand le vent se lève et que les cheminées de l’usine Leroux entrent en scène, une odeur caractéristique, douce et torréfiée, s'échappe pour s'inviter chez les voisins, parfois à des kilomètres à la ronde. C'est le signal : la chicorée est en train de griller !

Ce n'est pas juste une fumée, c'est une Madeleine de Proust à l'échelle d'un territoire. Mais derrière ce parfum de sucre cuit se cache une épopée industrielle qui a bien failli disparaître plus d'une fois.

Leroux à Orchies : une manufacture aux multiples vies

L'histoire débute en 1858, lorsque Jean-Baptiste Alphonse Leroux rachète la manufacture Herbo fils & Cie, un petit atelier installé dans la ville d'Orchies. L'établissement produit alors une gamme variée : du tapioca, de la moutarde, du chocolat… et de la chicorée torréfiée. L'énergie nécessaire à tout cela ? Une machine à vapeur, technologie de pointe du XIXe siècle, fierté de l'industrie naissante.

1870-1871 : le feu, et la renaissance

En 1870, un incendie ravage l'atelier. Ce qui aurait pu être une catastrophe définitive devient, sous la houlette du fils Alphonse-Henri-François Leroux, l'occasion d'une transformation majeure. L'entreprise saisit une opportunité que peu auraient vue dans les cendres : une nouvelle ligne de chemin de fer longe la périphérie d'Orchies. Leroux y achète des terrains, y construit une nouvelle usine plus grande, plus moderne et obtient même un embranchement ferroviaire directement dans l'enceinte industrielle.

Le charbon arrive par le rail. Les cossettes et les grains de chicorée torréfiés repartent par le rail. C'est un bond en avant décisif. Alphonse-Henri-François fait le choix stratégique de se concentrer désormais sur la seule chicorée. L'entreprise familiale devient une manufacture spécialisée.

1918 : dynamitée par les Allemands

La Première Guerre mondiale frappe durement Orchies et son usine. Pendant l'occupation allemande, Leroux ne s'arrête pas : la production se poursuit, délocalisée au Havre puis dans l'Oise, même si elle a considérablement diminué. Puis vient 1918, et la retraite allemande. L'usine d'Orchies est dynamitée,  y compris la maison familiale des Leroux située à proximité. Il faudra quatre longues années avant qu'elle soit à nouveau opérationnelle.

1940 : les bombes de la Seconde Guerre mondiale

L'histoire se répète, tragiquement. En 1940, l'usine Leroux est de nouveau touchée, partiellement détruite par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Nouvelle reconstruction après-guerre. Nouvelle obstination.

La chicorée : une plante aux mille vies

Portrait botanique

Derrière la boisson chaude et réconfortante se cache une plante d'une discrétion remarquable : la Cichorium intybus. Herbacée, elle appartient à la grande famille des Astéracées, la même que les pissenlits, les marguerites,... une plante du quotidien, du bord des chemins, que beaucoup croisent sans la reconnaître.

Elle est aussi héliotrope : comme le tournesol, elle suit la course du soleil tout au long de la journée. Ce comportement lui a valu un surnom poétique : la "fiancée du soleil". 

Les jeunes feuilles de la chicorée se dégustent en salade. Sa racine cultivée par forçage donnent les endives délicieuses crues, cuites ou en gratin, mais plus connu dans notre région sous le nom : chicon en ch'ti, witloof en flamand. Enfin, ses racines séchées et torréfiées produisent la boisson dont se fait spécialiste, l’entreprise Leroux.

4 000 ans d'histoire médicinale

La chicorée n'est pas une invention moderne. Les Grecs et les Égyptiens la connaissaient et l'utilisaient il y a environ 4 000 ans, essentiellement pour ses vertus médicinales digestives et apéritives. Elle traversait déjà les siècles bien avant d'arriver dans nos tasses.

C'est au médecin et botaniste italien Prosper Alpini (1553-1617) que l'on doit la première référence au "café à la chicorée". De retour d'un voyage en Égypte, ce savant observe que la décoction de racines de chicorée n'est pas si éloignée, en goût, du café alors très prisé. Une remarque en apparence anodine, qui entraînera des conséquences considérables.

Ultime avantage, et non des moindres : la chicorée ne contient pas de caféine. Elle peut donc être consommée par les plus jeunes et à toute heure de la journée.

Napoléon et le succès de la chicorée

La chicorée comme substitut au café se développe dès la fin du XVIIe siècle, d'abord aux Pays-Bas, puis dans plusieurs pays européens : Angleterre, Prusse, Belgique, France. En 1806, Napoléon Ier décrète le blocus continental contre les Anglais. Résultat : le sucre de canne et le café, venus des colonies et des îles, deviennent quasi impossibles à obtenir en France. L'Empereur doit trouver des alternatives. La betterave sucrière s'impose pour le sucre, et la chicorée pour le café.

Le Nord de la France, avec ses terres argilo-limoneuses propices à la culture de la racine, devient le territoire de référence de la chicorée à café. Sous Napoléon III, puis lors des deux conflits mondiaux où le café se fait à nouveau rare, la chicorée connaît des pics de consommation. On l'appelle alors sobrement "le café du pauvre".

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Sources

• Archives et documentation Leroux / manufacture Herbo fils & Cie (1858)

• Film documentaire « Des Usines et des Hommes », Pévèle Carembault, 2022

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